Bouyer-Leroux : économies et écologie améliorent la facture énergétique

UN SITE TROP ANCIEN

À l’été 2010, il a fallu arrêter le site de production à Saint-Laurent-des-Autels (49), dont les équipements obsolètes ne permettaient plus ni une production satisfaisante ni une consommation limitée : celle-ci était supérieure de 20 % à celle des autres sites du groupe. Il aurait fallu des investissements très lourds pour continuer la production. Cette fermeture a également permis d’améliorer le bilan carbone de l’entreprise, pour le même tonnage de fabrication. Néanmoins, précise Roland Besnard, « Bouyer-Leroux se veut exemplaire au niveau de la gestion des ressources humaines et a organisé le reclassement ou la mutation des personnels. À ce jour, un tiers des 28 salariés ont intégré un autre site de l’entreprise, un tiers s’est reclassé spontanément, et un dernier tiers a été accompagné dans ses objectifs de formation ou de création d’entreprise. Il ne reste plus que deux personnes en cours de formation. »

Les performances énergétiques sont déjà depuis de nombreuses années pour nos installations modernes à un bon niveau, estiment Roland Besnard, président-directeur général de la SCOP Bouyer-Leroux, et Philippe Hernandez, son directeur industriel. Par exemple, la maîtrise de la récupération de l’air chaud servant au refroidissement des produits sur nos fours a permis d’économiser 50 % de la consommation des séchoirs. »
Le statut de l’entreprise (Société coopérative de production) impose une politique d’investissement dans la durée. Bouyer-Leroux présente donc un rythme de renouvellement des matériels supérieur à celui des autres industriels, une politique d’achat prenant en compte le développement durable, ainsi que des produits éco-conçus.
Une diversification énergétique en cours Pour réduire sa consommation d’énergies fossiles, Bouyer-Leroux a suivi deux axes d’action :
− La biomasse. La société utilise comme combustible des déchets de bois. Les brûleurs de tous les fours ont été spécifiquement étudiés et mis au point. Ils permettent de maîtriser au plus juste les températures avec un combustible comme la sciure de bois, dont la qualité thermique est très variable. De plus, un foyer alimenté avec des écorces de bois alimente en totalité l’un des séchoirs.
− Le biogaz : Bouyer-Leroux exploite un centre d’enfouissement technique, détenu pour moitié avec Veolia. Ce centre produit du méthane (CH4) et est relié à la briqueterie de la Séguinière (49) par une canalisation, sur une distance de deux kilomètres. Ce méthane représente 25 % de la consommation du four.
Au total, biomasse et biogaz représentent environ 50 % de la consommation énergétique des usines de Bouyer-Leroux, en complément du gaz naturel et de l’électricité.
D’autres projets sont en cours, pour résoudre les problématiques locales de valorisation des déchets, qu’ils soient issus de l’agriculture (méthanisation), de la forêt (plaquettes de bois), et également avec l’étude de combustibles provenant de centres de tri mécano-biologique pour l’utilisation des sous-produits. Concernant les achats d’énergie électrique, ajoute Roland Besnard, « Bouyer-Leroux tient compte des bilans carbone et, par exemple, l’offre sur l’arc Atlantique évolue vers les énergies vertes locales, avec un nouveau parc éolien. »

Des économies étudiées

Néanmoins, complète-t-il, « la meilleure économie d’énergie est réalisée par celle qu’on ne consomme pas. » Pour cela, Bouyer-Leroux s’est lancé dans une amélioration de son procédé de production, dont les deux premiers points sont la maîtrise des déchets et l’homogénéité des températures.
Le niveau de la qualité doit être amélioré pour assurer un tonnage net en production. Cette amélioration de la qualité permet d’éviter les rebuts, en rendant tous les produits utilisables.
De plus, l’amélioration des outils industriels permet d’éviter les arrêts. Pour assurer ce niveau de qualité, il faut une bonne conception des produits : en cas de produit difficile à fabriquer, il faut s’attendre à plus de déchets et à une consommation plus élevée.
Si la conception du produit est bonne, le rôle de l’opérateur devient déterminant sur la productivité d’une gamme définie. Ce sont des métiers d’expérience, dans lesquels la formation se fait “au poste”. L’intervention de l’opérateur est sensible lors de la fabrication comme de la maintenance, la consommation est une conséquence et vient dans un deuxième temps, une fois les réglages définis.
Cette consommation thermique se situe au séchage, puis dans les fours à l’intérieur desquels il faut à la fois un excellent réglage des brûleurs, une très bonne régulation des flux d’air et une bonne isolation.
Bouyer-Leroux a investi depuis trois ans pour réduire les consommations grâce à de nombreuses installations et réglages. En effet, précise Philippe Hernandez, « malgré les 150 m de longueur de nos fours tunnels, il faut une parfaite homogénéité de température, avec un suivi au plus juste des courbes de températures. En réalisant cette cuisson au juste nécessaire, on obtient les meilleures performances énergétiques. » La maîtrise de ces éléments est un processus permanent, qui est assisté par les automatismes et les supervisions.
La maintenance préventive évite aussi les arrêts de production, et permet une productivité optimum, qui évite les pics de consommation lors de la relance des installations. Pour l’électricité, la réduction des consommations évolue à chaque opération de maintenance. Dans les usines de Bouyer-Leroux, les moteurs sont remplacés au fur et mesure par des moteurs à économie d’énergie et à haut rendement. De plus, ces moteurs sont dotés de variateurs de vitesse qui permettent de limiter leur consommation au juste nécessaire. En deux ans, sur les différents sites de production, la consommation électrique a déjà baissé de 10 % grâce à ces évolutions.

La connaissance des argiles

En complément, la qualité et la spécification des matières premières sont importantes, la qualité des mélanges et de leurs composants, à la granulométrie près. Pour cela, le laboratoire du CTMNC (Centre technique des matériaux naturels de construction) et d’autres laboratoires étrangers travaillent avec Bouyer-Leroux sur ce projet.
En complément, la société va embaucher trois ingénieurs, dont un céramiste formé à l’ENCI de Limoges, pour améliorer ses connaissances des matières premières. Deux d’entre eux consacreront plus particulièrement leurs travaux aux réglages et à l’amélioration continue du processus. Pour cela, il va falloir intégrer le savoir-faire des opérateurs, leurs observations, et maîtriser les actions correctives qu’ils utilisent pour les réglages.
« Bouyer Leroux est une PMI de 250 salariés, et l’embauche de trois ingénieurs est un investissement important pour nous » commente Roland Besnard.

Les conduits de gaz qui partent du centre d’enfouissement technique
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